Première impression
Le week-end dernier, les 14 et 15 mars, se déroulait le Salon de la Moto des Hauts-de-France. Le lieu choisi n’est pas des moindres : Gayant Expo, un immense complexe de 15 000 m² capable d’accueillir n’importe quel événement — quoi de mieux pour exposer des centaines de motos ?
J’ai laissé mon côté sectaire pro-moto-ancienne, pris mon appareil photo et pris la direction de Douai. L’ouverture était à 10h, j’arrivais à 10h30 pour constater qu’aucun parking n’était prévu pour les voitures. Il fallait donc se garer un peu plus loin et marcher. L’immense parking gratuit de Gayant Expo était, lui, entièrement réservé aux deux-roues.
Rien qu’aux photos, voyez déjà les milliers de personnes faisant la queue pour entrer ou acheter leur billet. Petit conseil si l’idée vous prend d’y aller l’an prochain : achetez votre billet en ligne pour éviter la billetterie. Les chiffres sont tombés depuis, 42 000 personnes ont répondu présent sur les deux jours.



Mais au fond, c’est quoi ce salon ? Honnêtement, je n’en attendais pas grand-chose, ce n’étant pas vraiment mon truc. C’était pourtant ma première participation à un tel événement, et il a balayé tous mes préjugés. J’ai adoré. Tout au long du week-end, des animations extérieures rythmaient les allées : cascadeurs à moto, dragsters, mais aussi des choses plus pratiques comme des sessions de prévention animées par des CRS, avec la possibilité de conduire une moto accompagné de leurs conseils, ou encore des initiations pour les plus jeunes. Et surtout, plus d’une vingtaine de motos disponibles à l’essai sur route… ce que je n’ai malheureusement pas pu faire, faute de m’être inscrit à l’avance.




À l’intérieur des halls, c’est la folie. On passe d’abord entre les stands éphémères de Maxxess et Dafy, puis tout se dévoile comme une tulipe qui éclot : des combinaisons, des accessoires et surtout des motos. Le tout est entouré de petits stands variés, tatoueurs, confiseurs, vendeurs de produits d’entretien, sagement repoussés sur les côtés. La place d’honneur appartient aux machines.
Ce qui m’a d’abord surpris en arrivant, c’est de voir tout le monde s’asseoir sur les motos sans rien demander. Ne sachant pas si c’était la norme, j’ai pris la peine de solliciter six vendeurs différents avant de comprendre que oui, c’était tout à fait normal. L’euphorie s’est alors emparée de moi : je pouvais enfin prendre en main, ou du moins en selle, toutes ces motos que je n’avais jusqu’ici vues qu’en photo. J’ai fini par m’asseoir sur pratiquement chacune d’entre elles, et c’était franchement génial.











Sarah Lezito, la star du salon
Le salon ne fait pas les choses à moitié : ils ont invité Sarah Lezito, immense star aux 6,4 millions d’abonnés sur YouTube et 9,6 millions sur Instagram, cascadeuse et doublure de Scarlett Johansson dans les films Marvel ainsi que de Zoë Kravitz dans The Batman.
Sa démonstration a été spectaculaire. Elle a enchaîné les figures techniques avec une maîtrise déconcertante : wheelings, équilibres jambes posées sur le guidon… Son passage a captivé les spectateurs, mêlant adrénaline et véritable gymnastique motocycliste, confirmant une fois de plus son statut de référence internationale dans sa discipline.







Les grands constructeurs
Tous les grands constructeurs semblaient au rendez-vous : Yamaha, Husqvarna, Gas Gas, Royal Enfield, Triumph, Rieju, Kawasaki, BMW, Harley-Davidson, KTM, Suzuki, Indian, Honda, le groupe Piaggio, Peugeot et Kymco (pour ce dernier, je ne savais trop où le placer. Cela fait des années que Kymco perdure en France donc selon moi, la marque peut rejoindre le club des bon constructeurs). J’ajouterai dans cette liste Mash, choix qui peut paraître audacieux mais qui me semble aujourd’hui pleinement justifié. La marque a connu des déboires à ses débuts en raison d’une qualité discutable, mais le tir a été rapidement corrigé, au point que Mash est désormais considéré comme un gage de sérieux. À noter : Ducati était absent.







Pour la première fois de ma vie, j’ai pu m’installer sur des Indian et des Harley-Davidson. Ces machines ont toujours eu un certain attrait à mes yeux — pas pour mon portefeuille, certaines tutoyant les 50 000 euros — mais une fois en selle, la déception est au rendez-vous. Les pieds trop avancés, les mains trop loin devant : je ne me sens pas à l’aise. Je ne remets pas en cause la qualité de ces motos, c’est sans doute une question de morphologie. Le même constat s’impose sur les customs d’origine chinoise. Pourtant, le style custom ne me rebute pas en soi : je me sens bien sur les 125 de ce genre, ou encore sur la Honda CMX500 Rebel, sur laquelle je me retrouve bien plus à mon aise.


Passons aux trails. C’est la catégorie en vogue en ce moment, prisée des voyageurs et explorateurs à moto. Pour l’anecdote, un ami venu m’accompagner espérait s’asseoir sur une routière type Honda Deauville, mais ce créneau semble avoir quasiment disparu au profit des trails justement. À noter que Mash comble en partie ce vide avec sa GT750, peut-être un futur succès, car elle se positionne sur un segment peu disputé.
Revenons aux trails. J’en ai eu un autrefois, une BMW F650 de 1998 : haute, taillée pour les longues routes et les chemins. Ce qui me pose problème avec ces motos, c’est précisément cette hauteur. Pour les gabarits plus modestes, elles paraissent lourdes en raison d’un centre de gravité élevé — et n’en parlons pas pour les modèles les plus massifs comme certaines BMW.








Je suis monté sur plusieurs trails sans jamais oser déposer la béquille, sentant que je n’aurais pas pied. Le modèle qui m’a le plus séduit reste la Moto Guzzi Stelvio — et je ne dis pas ça uniquement parce que je fais désormais partie du cercle des heureux propriétaires de Moto Guzzi. C’est la seule sur laquelle j’avais pied à plat. Elle affiche à peu près le même poids que ma 850 T3 de 1978 : 246 kg pleins faits pour 1 042 cc et 115 chevaux. Intéressant sur le papier. Une fois dessus, je tente de la redresser et de déposer la béquille pour mieux me faire une idée… sans succès. Je force un peu, toujours rien. Mon ami se marre en me voyant galérer, ce qui commence à attirer les regards. Pris de honte, je me calme et je me dis : allez, je la redresse. Résultat — je me suis juste fait mal à la hanche et j’ai dû rester assis quelques minutes sur la moto le temps que la douleur s’estompe.



Pour me redonner confiance, je grimpe sur un Vespa tout neuf que ma compagne rêve d’acquérir parce que c’est, je cite, « mignon ». L’objet est effectivement beau et il attire l’œil. Mais quelque chose me chagrine : les commodos me semblent d’une qualité vraiment médiocre, au point que je me demande si c’est bien un engin italien. Pour le coup, je pense qu’un ancien Vespa reste une meilleure affaire en termes de qualité de fabrication.



Je me console ensuite en m’installant sur la Moto Guzzi V7 Sport, que je compare mentalement à ma Guzzi 850 T3 — celle que je n’ai toujours pas prise en main. C’est selon moi l’un des meilleurs rapports qualité-prix du salon : 11 000 euros pour une 850 cc de 67 chevaux, ou 9 500 euros dans sa version Stone. Un seul bémol à mon goût : le compteur et le néiman ne sont pas centrés sur le poste de pilotage. Mais ce n’est qu’une broutille.




Beaucoup d’autres motos étaient présentes, dont des sportives — de très grosses sportives. C’était la première fois que je voyais des machines de plus de 200 chevaux, ce qui m’a fait sourire, moi qui ai l’habitude de voyager sur des engins d’une dizaine de chevaux.










Une moto, ça coûte chère…vraiment ?!
Le point commun que l’on trouvera chez pratiquement tous ces constructeurs, sus-cités, exceptés Mash et Royal Enfield… dont la première est fabriqué en Chine et la seconde en Inde, c’est le tarif ! J’ai beau adorer le voyage à moto, face à certains tarifs, je préférerais m’acheter un camping-car.
Heureusement, oui et non, qu’un panel de nouveaux et récents constructeurs sont là pour proposé des motos abordables…elles ont toutes pour points la Chine. Dans l’idée, c’est génial car en temps que jeune…toutes les motos entrent dans mon budgets et le plus, c’est qu’elles jouir maintenant d’une grande fiabilité voire dépassé en terme de qualité certains constructeurs pourtant réputé. Le fait que la Chine envahissent le marché de la moto va peut-être achever les constructeurs Européens, Américains et Japonais mais bon débattre du sujet relève de troubles géo-politiques auxquels je m’abstiendrai de débattre.



Ces marques dont la réputation grandit ou qui apparaissent nouvellement sur le marché viennent pour la plupart de Chine, et plus précisément presque toutes de la même ville : Hangzhou. Je n’ai pas poussé l’enquête plus loin, mais je ne serais pas étonné qu’elles partagent les mêmes lignes de production. Parmi les exposants : Morini (propriété de Zhongneng Vehicle Group depuis 2018), QJ Motors, Orcal, TNT Motors, Voge, YCF, Loncin, Benda, Segway, Talaria, Zontes, Macbor, Ultra Violette, Kove, Alerendo et CF Moto.
La liste est longue. Certaines sont des marques entièrement chinoises, d’autres françaises assemblant des composants venus d’Asie, et d’autres dont les provenances me sont inconnues et mériteraient une étude approfondie au cas par cas (Vue les faibles tarifs, je penche quand même sur des pays asiatiques).









Ces motos valent le coup d’oeil.
Ces motos valent le coup d’œil. Je me souviens qu’il y a encore peu, les motos chinoises se cantonnaient à des néo-rétros en 50 ou 125 cc, largement inspirées des petites japonaises des années 70-80. Aujourd’hui, toutes les catégories ont leur équivalent « Made in China », à deux, trois ou quatre fois moins cher : sportives, trails, customs, cross, scooters… il y en a pour tous les goûts.
Voyez-ci dessous quelques exemple, une sportive QJ Motors SRK 921 RR (quatre-cylindres 1 000 cc, 130 cv) pour 13 500 euros, un trail Morini X-Cape (Bi-cylindres 650 cc, 60 cv ) pour 7000 euros ou encore cette Benda LFC 700 (4 cylindre 680cc, 77cv ) pour 11 500 euros.




Stark Future : la révolution électrique qui bouscule le motocross
Parmi toutes ces nouvelles venues, une machine sort du lot — un véritable ORNI (Objet Roulant Non Identifié), électrique et européen : la Stark Future VARG. Ses performances rivalisent avec les 450 cc thermiques, tout en offrant une facilité de réglage et une simplicité d’entretien sans commune mesure.
En pleine montée de l’électrique et face à la domination asiatique, Stark prouve qu’un acteur européen peut encore innover et s’imposer. Et si les motos hors Chine et Inde n’étaient finalement pas encore condamnées ?




Le stand Laverda : un voyage dans le temps
Au détour du salon, un petit stand dédié à Laverda attirait les passionnés. Plusieurs modèles anciens, superbement conservés, étaient exposés, offrant un vrai voyage dans le temps. Entre lignes élégantes et moteurs au caractère bien trempé, ces motos incarnent tout le charme des italiennes d’époque. Pour qui commence à s’y intéresser, difficile de ne pas craquer. Même au milieu des nouveautés, elles continuent de captiver les regards.








Les curiosités du salon
Dans la catégorie insolite, commençons par le coup de cœur du salon — du mien en tout cas : la Honda Monkey. Cette petite 125, facilement transportable, m’a immédiatement séduit. Je me suis même demandé si je pourrais l’attacher derrière mon side-car. J’étais sceptique avant de m’y installer, craignant une position de crapaud, mais le gérant du stand m’a invité à l’essayer et mon avis a changé en quelques secondes. On est bien dessus, étonnamment bien. Et surtout, aucun poste de pilotage pour vous boucher la vue : on roule, on regarde, c’est tout.


Autre curiosité : un cycle-car signé Can-Am — oui, un cycle-car en 2026 — répondant au nom évocateur de T-REX, avec un look aussi agressif que son appellation. À l’opposé de cette monstrueuse machine, je vous laisse découvrir la Chinchilla 500, qui devrait ravir les bikers les plus virils avec ses airs de Harley.








Enfin, une exposition de choppers personnalisés méritait le détour. Même si l’esthétique ne fait pas l’unanimité, on ne peut qu’être impressionné par le travail réalisé , de vrais artistes de l’acier. Le seul point que je n’ai toujours pas élucidé : le lien entre chopper et abus d’alcool.












Le mot de la fin
Ce salon m’a prouvé une chose : peu importe vos goûts, votre budget ou votre expérience, il y a forcément une moto faite pour vous. Au fil des allées, entre les mastodontes européens et les outsiders chinois, entre les légendes d’hier et les électriques de demain, une évidence s’est imposée : la moto se porte bien, et elle n’a pas fini de se réinventer.


